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Interview de Séraphin Alava

Professeur des Universités en sciences de l’éducation à l’Université de Toulouse et membre de la chaire UNESCO de prévention des radicalisations et de l’extrémisme violent, Séraphun Alava a accepté de répondre à nos questions au sujet de la prévention de la radicalisation.

Quel est le but d’une prévention primaire de la radicalisation ?

La prévention primaire consiste à faire deux choses de façon totalement complémentaires : renforcer, solidifier les piliers de citoyenneté, de fraternité des individus.  C’est-a-dire améliorer leur capacité à la résilience pour ne pas tomber dans les discours de haine et leur permettre de comprendre que l’altérité est enrichissante et qu’elle n’est pas gênante.

Ca c’est un travail positif qui peut être fait par beaucoup d’éducateurs et d’ailleurs beaucoup le font. Ils savent qu’il est nécessaire de travailler sur des questions de paix et de vivre ensemble.

Le deuxième élément c’est celui de bien connaitre le processus de basculement dans la violence pour armer les jeunes à pouvoir repérer ce qui a tendance à les conduire vers ce penchant. Ce sont les discours complotistes, les fausses informations, le  sentiment d’une altérité contraire à eux , le tribalisme, ce sont un ensemble d’éléments qui font que naturellement une personne aura tendance à considérer que l’autre est responsable et que nous on est plutôt innocent et donc de tomber là-dessus.

Donc en résumé  un pendant positif : renforcer ce qui fait résilience et un pendant négatif, alerter les jeunes sur un certain nombre de processus qu’ils peuvent ne pas connaitre.

Qui doit se charger de cette prévention ?

C’est une question sociale globale. Chacune doit avoir cette préoccupation en tête. L’agent de police, par exemple, y participe par la justification de ses actes, par le respect des règles, par le dialogue qu’il peut avoir avec la population. L’éducation sportif aussi le montre quand par exemple il dit qu’il vaut mieux le dialogue dans un stade que la violence, que ca ne sert à rien d’insulter l’autre équipe, que le seul objectif c’est de gagner contre elle. Donc c’est le rôle de chacune.

Mais bien sûr les éducateurs et les parents jouent un rôle particulièrement important. Parce qu’ils sont au contact des jeunes pendant un temps long, une année par exemple et pendant plusieurs heures. Et les éducateurs ont également un rôle très important à jouer car ils peuvent être plus armés que d’autres. Ils sont formés, ils sont plus outillés pour pouvoir travailler sur un aspect essentiel : le dialogue. Les enseignants représentent également l’Etat dans le quotidien des jeunes. Ils peuvent donc également porter les valeurs républicaines auprès d’eux. Porter un discours d’ouverture sur le monde et d’engagement tout en les prévenant des risques.

Comment s’y prendre ? Par quel bout ?

Il n’y a pas de bon bout. La prévention c’est comme un nœud mouillé ; chaque fois qu’on tire d’un côté, ça peut tirer de l’autre. Je crois qu’il faut essayer d’utiliser quatre possibilités contextuelles. Il existe beaucoup de choses, des outils, des ressources, des concours, des plateformes, etc. Quand on sent qu’on peut prendre le temps d’aborder ce sujet, on peut mettre en place ce type d’actions, presqu’intégratives, et qui tient compte de l’ensemble de ces préoccupations.

Cela peut également être en lien avec le programme scolaire ou les objectifs éducatifs. Certaines notions doivent être abordées et ce type de prévention peut rencontrer dans ce cadre. On ne peut par exemple pas aborder l’histoire de l’Egypte ancienne sans aborder le thème de l’esclavage. On peut prendre le temps de développer certains aspects avec les jeunes. On peut aussi l’aborder lors d’une activité artistique ou de littérature. On peut alors aborder des situations proches du conflit et réfléchir à comment on peut l’éviter.

On peut également parler de ce sujet en écho avec l’actualité. Par exemple parler du 11 novembre en allant plus loin, en évoquant la fraternité ou en parlant des préjugés que les Français avaient envers les Allemands. On peut également des moments de commémoration des victimes d’attentats, des moments de mémoire collective. On peut partir de ce type d’événements en lien avec l’actualité.

Et enfin on peut faire ce type de travail parce que dans l’établissement ou dans le quartier on observe des cas de violences et que collectivement, on peut décider de faire barrage. Avec les éducateurs, avec les acteurs culturels, les associations d’éducation populaire, avec les municipalités pour faire des projets de prévention et défendre les valeurs qui nous rassemblent.

Comment faire si l’on ne se sent pas à l’aise pour évoquer le sujet ?

On peut participer à la prévention des violences en renforçant les piliers de la République, de façon positive. Ce type d’activités correspond aux compétences classiques d’un éducateur. Je décide alors de ne pas focaliser sur le côté négatif des mouvements et idéologies violentes. On peut également axer son travail éducatif sur la médiation, l’écoute, l’ouverture culturelle.

Si on veut aborder les mouvements idéologiques, il faut acquérir quelques connaissances. Pas besoin d’avoir un bac + 17 en djihadisme ou en suprémacisme blanc. Il faut simplement prendre le temps de se former, si c’est possible, de lire, de découvrir des outils pédagogiques faits par des collègues, de regarder des productions faites par des jeunes eux-mêmes. Elles sont très instructives et souvent très originales. Et il ne faut pas hésiter si besoin à faire appel à des structures spécialisées (associations, villes, rectorats). Il existe des chargés de mission dédiés à la prévention de la radicalisation. On peut faire appel à ces personnes. Sur les questions médias / complotisme, il faut également travailler avec d’autres personnes spécialisées, les documentalistes par exemple. Il y a énormément de ressources sur la fabrique de l’information. Elles permettent d’aborder ces notions avec sérénité. Tout le monde a les outils cognitifs pour comprendre ces sujets.

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